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Film « LIMBO »

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Critique par  Jacques Morice (TELERAMA)

Publié le 02/05/2022

Comment le groupe de réfugiés a-t-il échoué là, sur cette petite île perdue d’Écosse ? Le film ne le dit pas. Mais le décalage entre ces gens d’ailleurs et les pêcheurs du coin réserve en soi déjà pas mal de piquant. Ils sont une bonne dizaine à avoir fui leur pays. Certains viennent du Ghana ou du Nigeria, d’autres du Moyen-Orient ou d’Asie. Parmi eux se détache Omar, un musicien syrien, mine taciturne et bras dans le plâtre, qui transporte toujours avec lui son oud. Il a fait sa demande pour bénéficier de l’asile. En attendant le courrier providentiel, le migrant loge dans un bâtiment morose, partageant sa chambre avec Farah, un Afghan amical et insolite, qui aime raconter des histoires, se dit zoroastrien et est fan de Freddie Mercury.

Faire un film savoureux, poétique et touchant, sur le sort des réfugiés, tel est le pari. Remporté par le réalisateur écossais, Ben Sharrock, qui signe là son deuxième long métrage. Dans un esprit burlesque et graphique proche d’Aki Kaurismäki, Limbo dépeint le quotidien d’Omar et de ses camarades d’infortune sous l’angle de la fable. Nul apitoiement convenu ici, mais une suite de saynètes cocasses, parfois cruelles, où le laconique Omar se heurte à une réalité absurde. Qu’il soit en butte aux préjugés de certains habitants ou bien soutenu par une bénévole dévouée dispensant des cours surréalistes (l’inattendue Sidse Babett Knudsen, très loufoque), il apparaît toujours comme une personne incongrue, déplacée.

Un exilé à l’intérieur de lui-même, aussi. C’est la qualité majeure du film : faire d’Omar un personnage à part entière, qui ne se réduit pas au statut de réfugié. Un homme en quête de sa propre identité, rongé par la culpabilité d’avoir laissé ses proches en pleine guerre. Entre lâcheté et courage, espoir et désillusion, le Pierrot lunaire oscille, incapable de jouer de son instrument. On imagine un formidable talent de soliste mais celui-ci reste inexprimé. Il faut attendre la toute fin pour être récompensé. Mais brièvement, sans étalage aucun, à l’image de ce film toujours guidé par la dignité.

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